Conseils, Ecriture

Construire un univers d’horreur et d’épouvante: La peur d’avoir peur

Le thème de l’Horreur et de l’Épouvante est particulièrement attrayant pour Calliope et moi. (Oui, j’ai bien utilisé attrayant et horreur dans la même phrase. J’ose !). Notre bibliothèque est remplie du genre. Je crois même que le premier livre que j’ai prêté à Calliope est ça de Stephen King et Dracula de Bram Stoker fut le sien. Et cette petite anecdote n’est que l’infime représentation de la collection. Je suis obligée de prendre sur moi pour ne pas vous dévoiler tout de suite la liste. Il faudra attendre l’article conseil de lecture …

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La question que je me suis posée pour écrire l’article est : Pourquoi aimons-nous avoir peur ? Avant de se lancer dans l’écriture, il me semble important de comprendre la portée de ce thème et du pourquoi il nous fait autant frémir.

Des études ont été réalisées dont le résultat démontre une corrélation avec le ressenti de la peur comme un outil de divertissement. Comme l’explique le psychiatre David H. Zald « Lorsque nous sommes effrayés nous sommes pleinement conscients, concentrés et dans l’instant. Nous ne sommes pas préoccupés à penser à ce qui s’est passé hier ou ce que nous avons à faire demain« . (voir l’article sur le site Gent Side). Je trouve cette analyse intéressante. La peur est un outil de contrôle des émotions de notre quotidien. Ce sentiment est renforcé par notre projection dans l’histoire. Qu’aurais-je fait ? Les analysent mettent également l’accent sur le dépassement de ses peurs.

L’intérêt est donc de créer des sensations fortes chez le lecteur.

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Ce genre est très souvent relié au surnaturel. Le fait d’être mis face à des situations dérangeantes est plus facilement assimilable dans un univers non réaliste. Cependant, il y a également des œuvres qui n’empruntent pas cette voie. Elles sont plus basées sur le thriller et le drame psychologique. Je pense notamment à La théorie de Gaïa de Maxime Chattam ou Misery de Stephen King. Il est question de sonder l’âme humaine et de repousser les limites de la morale définies par notre société. En effet, il est généralement question de déshumanisation et de retour à l’état de nature (au sens donné par Rousseau).

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Ce questionnement est très présent dans ce genre. L’objectif de Walking dead, le comic phare de Robert Kirkman est de pousser la psychologie de son antagoniste, Rick, jusqu’à la rupture : Mettre en corrélation son instinct de survie et sa morale. L’élément d’horreur, les zombies, n’est qu’un cadre pour permettre la réalisation de ce questionnement.

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Il y a également toute la question du voyeurisme. Nous aimons regarder toutes sortes d’atrocités pour satisfaire une soif de morbide. Honnêtement, j’ai lu beaucoup d’articles sur le sujet. J’avais même commencé à rédiger une synthèse. Finalement, je préfère ne pas me lancer sur le sujet. Je ne le maîtrise pas, je n’ai pas de formation en psychologie et je n’ai pas les outils nécessaires pour faire le tri entre les sources pertinentes et triviales. Je ne me lance donc pas dans cette analyse. Cependant, je suis persuadée que cette forme de « voyeurisme » est présente dans beaucoup d’œuvres.

Je vais prendre un exemple pour illustrer. Mais attention ! Ce n’est que mon avis (qui je vous l’accorde ne représente pas grand chose). J’ai énormément de mal avec les livres de George R.R Martin, Le trône de fer. Il s’agit d’une forme d’héroïque fantasy et de thriller politique avec un côté très horreur. C’est ce dernier point qui me pose problème. Tous les passages dérangeants (tirant souvent vers le gore) ne sont pas justifiés selon moi. Ils ne servent pas à l’histoire mais plutôt à créer une histoire sensationnelle et donc attrayante. Ils sont tellement présents dans l’oeuvre que la peur et le choc sont annihilés.

Et pour moi, c’est le deuxième point important de ce genre : la création de la peur.

imagesVoici les deux points essentiels selon moi pour créer une fiction d’horreur ou d’épouvante. Il est temps de se questionner sur leur transposition dans l’écriture. Si d’ordinaire je vous conseille d’écrire pour vous et ainsi pour le lecteur, ce genre renverse le postulat. En recherchant la peur, nous devez forcément vous placer du côté du lecteur.

Les éléments pour construire cette peur et cette appréhension :

  • La ligne de l’intrigue: 

Pour écrire de l’Horreur et de l’Épouvante, je pense qu’il faut respecter une structure dramaturgique classique :

Une questions initiale => Une montée intensité dans l’action (Built up) => La résolution (Climax)

Frankenstein.1831.inside-coverLa structure d’un début d’intrigue, une montée en puissance et une conclusion me semble indispensables pour faire monter progressivement la pression. Je visualise mal une intrigue du genre où l’on est directement plongé dans un récit « de peur ». Il faut prendre le temps de mettre en place les enjeux, l’ambiance,  l’attachement aux personnages …

Cela permet de pousser progressivement le lecteur vers la sensation voulue. D’ailleurs, ce procédé permet de travailler sur la suggestion. Le plus souvent, il n’est pas nécessaire de rentrer dans le détail, de d’écrire l’objet de la peur. La mise en place d’un contexte angoissant associé à l’imagination de votre lecteur permettra de créer le sentiment de peur.

  • Le réalisme de l’univers

Le deuxième point pour créer une peur est le réalisme. Le lecteur doit pouvoir se projeter dans l’univers. Paradoxalement, nous avons peur de ce que nous connaissons. Je schématise :

5123BkxEJ3L._SX324_BO1,204,203,200_Une famille s’installe dans une maison. En vivant dedans, les lieux paraissent hantés. Nous avons peur pour eux, de ce qui va leur arriver, de découvrir l’existence d’esprits … Si je reprends la même situation mais que ma famille habite sur Mars, qui s’en soucie vraiment ? Déjà, le fait d’une colonie sur Mars ne relève même pas de la science fiction (voir la vidéo d’Etienne Klein) et qu’il y ait des esprits sur Mars … La seule raison pour laquelle cela pourrait fonctionner est que le rapprochement du mode de vie et la projection des personnages soient si similaires à notre première intrigue que cela efface l’arrière plan.

Cela n’empêche évidemment pas l’existence d’un élément surnaturel fort, mais la toile de fond doit rester réaliste. Comme le fait très bien Stephen King dans ça. Ce dernier est très présent, influe énormément sur le monde mais cela est entouré par un effet de crédibilité. Le plus souvent ce contraste est caractérisé par les personnages secondaires. L’intrigue va se limiter à un groupe restreint qui doit à la fois combattre la menace et le scepticisme du groupe extérieur.

ellis-1200x630-1Ce genre permet également l’émergence de formats innovants. Je pense notamment à twitter avec l’émergence de fiction en « directe ». On suit le personnage tout en interaction. François Descraques vient d’ailleurs de sortir son histoire en livre. Je vous recommande également le compte sur Dear David (En anglais, mais la chaîne youtube de Liv propose une traduction).

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J’espère que cet article vous a plu. N’hésitez pas si vous avez des questions ou un avis différent (J’attends votre contre attaque sur le Trône de fer 🙂 ). Calliope nous fera un deuxième article la semaine prochaine pour compléter celui-ci.

Bonne fin de semaine à tous!

Uranie

1 réflexion au sujet de “Construire un univers d’horreur et d’épouvante: La peur d’avoir peur”

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