Histoire d'Uranie, Nos histoires

L’enfant des deux ciels ~ Chapitre 5 : Les quartiers de l’entretien [Pendant ce temps]

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L’obscurité dominait l’espace. Seules quelques ombres vacillantes émanaient de l’étroite ouverture. De plus en plus grandes, elles étaient le témoin de la vie de dans le temple. Dissimulée dans une alcôve, la salle était discrète, éloignée, ignorée. Il fallait prêter l’œil pour remarquer son entrée au fond de la tour Nord. Si de nombreux habitants en connaissaient l’existence, peu en avaient foulé le sol. Pourtant, cette pièce était singulière et offrait une étendue circulaire surprenante. Elle était encadrée par de vastes colonnes perdues dans la profondeur du plafond. Cette étendue était renforcée par la présence d’une unique table de bois.

S’y engouffrer donnait l’impression de changer d’époque. Cette architecture remarquable et unique n’apparaissait nulle part ailleurs. Les formes rectilignes et répliquées avaient laissées place aux ornements et aux courbes. Ce hall était dominé par un escalier vertigineux. Il fallait passer sous une arche de pierres taillées de fresques mettant en scène des ohliens. La lourde porte de bois, laissée ouverte, se tenait au centre. Derrière se distinguait un escalier dont les courbes dessinées les deux étages. Les dessins et les arabesques étaient d’autant plus présents sur l’imposante ascension. Il s’arrêté au milieu du mur qui continuait bien au-delà. Une petite porte discrète se devinait. Ce spectacle était entouré de deux couloirs. Si l’Est ne semblait laisser pénétrer aucunes lumières, des éclats lumineux et des bruits de métal émanaient du second.

La pièce s’éclaira. Les ombres s’étaient éteintes faces aux deux nouvelles sources de lumières. Des boules de feu voletantes avaient rejoint les deux coins opposés et se consumaient en rotations sur elles-mêmes. Cette lumière fut suivie de l’entrée lascive de Kaïdan dans l’alcôve. Le dos vouté sous l’épaisse toge marron, ses pas trainant raisonnaient sur le sol rugueux. Lorsqu’il leva la tête pour regarder le haut de l’escalier, les marques de fatigues imprégnées son visage. Son corps semblait hésiter sur sa destination. Après quelques mouvements indécis, il prit la direction du couloir Ouest, sans se retourner. Presque à sa suite, une jeune femme aux vêtements colorés fit son entrée. Jana balaya la pièce du regard, cherchant visiblement quelque chose. Lorsqu’elle jeta un regard vers le couloir qui s’illuminait peu à peu. Puis, s’y engouffra, pour rejoindre les bruits de cuisine.

L’alcôve resta ainsi paisible pendant quelques minutes, jusqu’au bruit brutal raisonnant dans la pièce vide. Le tenancier venait d’ouvrir vivement la porte du premier étage et entreprenait de rejoindre le centre du hall.  S’aidant de sa canne, il se dirigea vers une boîte en bois, près du couloir Est. Il se posta devant et attendit. Un second choc retentit. Dans des éclairs de lumières orangers, un parchemin était apparu dans le contenant. Tobia s’en saisi et commença à le parcourir.

Timidement, une silhouette émana du couloir Ouest. En apercevant le tenancier en pleine lecture, elle redoubla d’effort pour se faire silencieuse. Le pas léger, elle réussit à se glisser vers l’escalier.

 « Les heures de pause sont de plus en plus longues. » Les mots avaient interrompu l’ascension du ménager qui se résigna à redescendre et se diriger vers le tenancier qui n’avait nullement bougé. Arriver à sa hauteur, Kaïdan dissimula sa gêne :

« Tobia, quelles sont les instructions du conseil aujourd’hui ?

-Elle te concerne.

-Moi ? S’étonna le jeune homme… Ah ! Cela doit être pour la cérémonie d’annoncement de Dae.

-Dae, répéta lacement le vieil homme, quel étrange nom !

-Myrha a choisi. Elle voulait un nom qui lui rappelle son enfance en bas du Mont.

-C’est vrai qu’elle n’est qu’une étrangère au temple… pour la première fois le tenancier esquissa un sourire.

Kaïdan ne marqua aucun signe particulier quant à la remarque de son maître. Il se pencha par-dessus son épaule pour lire de lui-même le parchemin noirci d’écriture.

-Je dois me tenir à la disposition de la délégation… lut-il à voix haute. Je ne savais pas que cela nécessité la venue du conseil dans les quartiers de l’entretien.

-Ce n’est pas le cas… » Face au mutisme de son interlocuteur, le jeune homme préféra changer de sujet. Avec assurance, il l’informa qu’il allait voir sa femme avant de continuer ses tâches. Mais le tenancier le coupa sec dans ce programme.

« Nous avons beaucoup de travail, et tu n’es pas étranger à ce phénomène importun. Tâche de remplir ton devoir. Va préparer l’ouverture ! »

Kaïdan regarda avec désespoir la porte du dernier étage. Il n’avait d’autres choix. Résigné, il se dirigea vers la salle principale du temple. Au moment de sortir, le tenancier lui lança avec désinvolture ses dernières recommandations: « Les liens du temple priment sur ceux du sang. Reste à disposition ! » Le jeune homme disparût dans l’ouverture.

Cette sortie fut suivie de bruits de pas hésitants dans le couloir Est. Visiblement intrigué, Tobia se dissimula derrière l’une des colonnes de l’entrée principale. Juste à temps, il put apercevoir la nouvelle arrivée, sans être vu. La jeune femme blonde vêtue de noir traversa l’alcôve pour s’engouffrer dans le couloir opposé.

« Sans gêne cette nouvelle garde !» Siffla le tenancier entre ses dents. Il attendit de voir disparaitre la silhouette pour sortir de sa cachette. Visiblement agacé, il prit la suite du jeune ménager et rejoignit la salle du temple.

Une autre tête fit son entrée dans l’alcôve. Mais cette fois, elle émana du couloir de manière joviale et assurée. Le jeune homme blond fit le tour de la pièce, remit en place une chaise poussée dans un coin autour de la table. Puis, il entreprit de ranger les papiers laissés à l’abandon dessus.

« Barett, tu es déjà là ? La voix grave fit sursauter le jeune homme.

-Kaïdan ! S’exclama-t-il. Tu m’as fait peur. Je suis venu faire un petit tour avant mon repas. Je veux que tout soit en ordre pour la cérémonie d’annoncement.

-Oh… très bien, se contenta de répondre le ménager

-As-tu besoin de moi ? Iri n’est pas levée, continua Barett

-Non, non, je te remercie, répondit le ménager. Tu peux retourner à tes tâches. »

Kaïdan était déjà en train de se diriger vers l’escalier mais l’apprenti cuisinier ne semblait pas avoir fini sa litanie

«Au fait Kaïdan, je tenais à te féliciter pour ton nouveau rôle.

-Merci, Barett. Répondit le jeune père.

-Je me doute que cela va être difficile de s’occuper d’un enfant et de l’entretien du temple.

-Sûrement… »

Le ménager semblait de plus en plus gêné par la conversation. Il esquissa une montée des escaliers, en tournant le dos au jeune homme. Mais ce dernier ne semblait rien remarqué de l’impatience de son interlocuteur.

«Je trouve cela très beau qu’avec Myrha vous aillez fait ce choix. Je veux dire, l’élever au temple…

-Oui… écoute Barett, finit par l’interrompre le ménager, je voudrais aller voir Myrha avant…

-Nous serons tous là pour vous aider, repris l’apprenti cuisinier. Nous en avons parlé avec Iri…

-Kaïdan ! »

Cette nouvelle voix retentit derrière les deux jeunes hommes. Elle était ferme et imposante. Surpris, ils se retournèrent pour en découvrir le possesseur. Ils virent face à une jeune femme brune, vêtue de noir, venue du couloir Est. Ce qui n’avantageait pas le jeune homme caché derrière elle. Le visage pâle et son allure frêle lui donnait l’air de flotter dans sa toge blanche. Il ne cessait de regarder la fresque de l’escalier, visiblement émerveillée.

«Tu tombes bien, repris la cheffe de garde sans ménagement, nous devons te poser des questions. Allons dans la salle de réunion !

-Hena, j’ai des choses à faire… opina l’intéressé

– Bonjour cheffe, salua l’apprenti cuisinier en s’inclina. Puis-je vous être utile ?

-Non, répondit la jeune femme gardant les yeux fixés sur le ménager. Je viens voir Kaïdan. J’en profite pour vous présenter la représentante du conseil, Laundiel. Elle est en charge de la liaison des services. »

Cette dernière phrase était à l’attention du jeune apprenti qui s’inclina à l’énonciation du titre. Elle continua :

« Si vous avez besoin d’aide pour organiser la cérémonie… commença-t-il

-Ces choses relèvent de la compétence du conseil, le coupa la jeune promue, et non de l’entretien.»

Kaïdan posa une main amicale sur l’épaule de son collègue et guida les deux invités dans la pièce du rez-de-chaussée. Visiblement déboussolé, Barett rejoignit le couloir Ouest.

La pièce n’avait plus besoin d’être illuminée. Les rayons du soleil illuminaient désormais l’ensemble, laissant les boules de feu finir doucement leur consumation. L’atmosphère y était solennelle face à l’agitation de la veille. Cependant, le silence ne fut de courte durée. Des bruits de canne se firent entendre de la salle du temple. L’écho de coups secs contre le sol, si réguliers qu’une mélodie pouvait s’en distinguer. De plus en plus pesants dans l’alcôve, ils sont suivis de l’avancée de Tobia vers le couloir Ouest. La tête d’Hena apparut dans l’entrebâillement de la porte, mais trop tard pour apercevoir ce spectacle. Elle s’adressa aux occupants de la pièce :

« Je crois avoir entendu Tobia… Je vais dans les quartiers de l’entretien.»

La jeune femme sortit de la pièce et referma la porte derrière elle. Elle s’élança vers le couloir Ouest, mais elle due arrêter brusquement sa course. Deux personnes émergeaient du lieu, en chantonnant une chanson enfantine :

«Le crapaud danse sous la pluie quand les lucioles… Hena ! S’écria l’une des silhouette en apercevant la cheffe de garde.

-Jana, lui répondit froidement cette dernière, et je suppose ton apprentie »

A ces mots, l’hôtesse saisie la main de la petite fille qui tentait de se dissimuler en partie derrière elle.

« Je ne savais pas que tu serais parmi nous pour la cérémonie… S’empressa-t-elle d’ajouter.

-Je suis venue gérer les difficultés rencontrées avec l’enfant des deux ciels, répondit simplement la jeune cheffe.

-Des difficultés… Répéta Jana. Je ne vois rien dans une naissance qui concerne ton étage.

-Et je ne vois rien qui t’empêche d’aller ouvrir le temple.»

La froideur de la conversation imprégnait toute la pièce. Les deux femmes se faisaient face, se toisant. Le duel prit fin par l’interruption fracassante d’un petit garçon. Il émergea du couloir, manquant de percuter le groupe, et s’élança vers l’escalier.

« Roa, tes devoirs ! Le réprimanda sévèrement Jana.

-Je vous prie de m’excuser, cheffe. Se retourna immédiatement l’apprenti tenancier et s’inclina. J’étais pressé d’aller accomplir ma tâche. En quoi puis-je vous être utile ?

-En rien, va ! Se contenta-t-elle de répondre sans même se retourner »

Roa reprit sa course et entra dans le bureau du premier étage. L’hôtesse s’inclina à son tour et entraina la petite fille à sa suite. La cheffe de garde put reprendre sa route vers les quartiers. Cependant, la sortie de Jana et Sylma vers le temple fut interrompue par l’irruption de deux individus vêtus de toges noires. Pendant un temps, les quatre occupants se toisèrent devant l’ouverture, puis reprirent chacun leur chemin.

Les nouveaux venus étaient un homme et une femme. Cette dernière avait de l’âge, les cheveux gris ramenés en chignon, renforçant son air sévère. Sa toge était visiblement trop courte pour sa grande taille, quasiment identique à celle de son collègue. Quant à lui, sa toge semblait vouloir craquer sur son imposante musculature. Il semblait être perdu dans la vaste alcôve. Il regardait autour de lui, visiblement surpris par l’allure de la pièce.

«On entre ? demanda-t-il l’air hébété.

-Non Kaan ! Répondit la femme. Nous n’avons pas accès à cet étage. Il faut attendre la cheffe, ou au moins la délégation.

-Ah ! Répondit l’homme qui avait commencé à dévisager l’ornement de l’escalier. Elle arrive bientôt ?

-La délégation ou la cheffe ?

-Qu’importe! Du moment qu’on quitte vite cet endroit. »

L’homme semblait dépaysé. Qu’importe où ses yeux se posaient, l’atmosphère ne lui était ni familière, ni agréable. Heureusement, des bruits émanant du couloir Ouest le tira de ses réflexions. Hena arrivait en compagnie du tenancier.

« Que font ces gardes à mon étage ! Hurla le vieil homme en apercevant les nouveaux arrivants.

-Nous allons où nous voulons vieil homme, répondit Kaan ».

Hena leva la main droite pour lui signifier de se taire. Elle lui lança un regard ferme avant de se tourner vers Tobia :

«Nous sommes venus pour voir Kaïdan. La délégation a besoin d’informations. La représentante du conseil est avec lui en ce moment même.

-J’ai cru comprendre, répondit le tenancier en désignant de la tête la boîte où il avait récupéré la note plus tôt dans la matinée.

– Nous avons besoin de vous interroger, poursuivit la cheffe de garde.

– M’interroger, s’étonna Tobia.

-Ce sont les ordres du conseil, mes gardes viennent les appliquer, reprit Hena. Voyez ça comme une sollicitation de vos conseils avisés.

-Qu’est-ce ? Demanda le tenancier en désignant une enveloppe blanche dans les mains de la garde.

-Ah oui, Hena, un message du conseil, répondit la garde.»

Hena lui arracha des mains d’un air agacé et désigna le premier étage de sa main libre. L’étonnement de Tobia ne sembla pas se dissipé. Mais il exécuta les ordres. Il prit le chemin de son office, montant difficilement le premier étage. Des paroles marmonnées se faisaient entendre :

« Une cheffe de garde et un deux colosses pour un vieil homme… ils n’ont pas assez de travail… au moins à l’entretien … »

Les propos se perdirent à l’entrée des trois gardes et du chef de l’entretien dans le bureau.

Quelques temps après, deux singulières apprenties firent leur entrée. Elles marchaient côte à côté mais ne portait pas la même couleur toge.

 « Iri, commença la jeune femme blonde vêtue de noir. Je suis désolée.

– Ne t’inquiète pas, je comprends que tu ne puisses pas rester. Répondit la deuxième qui portait du bleu.

-Je ne parle pas de ça.

-Je sais Sam… » La jeune femme châtain semblait nerveuse et jouer avec une de ses mèches bouclées. L’apprentie de la garde s’arrêta et fit face à son amie.

« Je suis désolée de ne pas être venue au rendez-vous, repris-t-elle.

-Tu as beaucoup de travail, répondit-elle continuant de toucher ses cheveux.

– Ce n’est pas uniquement ça. Nous ne pouvons plus nous voir… Même si nous sommes encore apprenties, nous ne sommes pas au même étage.

– Je connais les règles du temple ! S’emporta la jeune ménagère.

– Il faut que nous devenions responsables…, Continua doucement Sam.

– C’est toi qui parle ou la garde ?»

La question d’Iri sembla désarçonnée la jeune garde. Désemparée, elle approcha sa main du visage de cette dernière, effleurant sa joue. Un bruit vint interrompre son geste. La porte du premier étage venait d’être ouverte et refermée brutalement, suivies du raisonnement de pas dans l’escalier. Les deux jeunes femmes s’écartèrent avant l’arrivée de Kaan.

« Sam ! Je te cherchais. Hena est dans le bureau avec le tenancier. La représentante du conseil est avec le père. Ils attendent la délégation. Les apprentis doivent guetter leur arrivée.

-Très bien, j’arrive, lui répondit Sam »

Le jeune homme, qui semblait légèrement plus âgé, les regarda avec suspicion. Mais le regard d’aplomb lancé par sa collègue le détourna. Il prit le chemin pour pénétrer dans la salle du temps. Cette dernière se tourna vers son amie, les yeux suppliants :

 «Je dois accomplir mes devoirs. Reparlons-en plus tard.

-Une délégation ? S’interrogea l’apprentie ménagère.

-Je ne sais pas, répondit la jeune garde en haussant les épaules. Je ne suis pas prévenue. Retrouves moi ce soir, à l’endroit habituel. » La jeune femme déposa un baisé sur la joue de son amie et prit le chemin du temple. Une fois sortie, Iri s’empressa d’entrer sous l’arche.  A peine eut-elle frappé à la porte, qu’elle s’engouffrait déjà dans la pièce du rez-de-chaussé.

Jana et Sylma étaient de retour dans la pièce. Visiblement très contrariée, la petite fille posait des questions à son instructrices :

 « Qui sont tous ces gens ?

– Ils travaillent à l’étage de la garde. Ils sont chargés d’accueillir la délégation.

– C’est pour ça que nous ne pouvons pas ouvrir le temple ?

– Oui, il ne faut pas que les membres du conseil soient confrontés au public.

-Mais, s’étonna la petite fille, pourquoi ?

– Les choses sont compliquées, Sylma ! L’hôtesse venait de mettre fin à la conversation. Tu vas aller te reposer dans le dortoir. Pendant ce temps, je vais aider Adal.

-Je veux aussi aider ! S’empressa d’enchérir la petite fille

-Non ! » Se contenta de répondre Jana avant d’emporter son apprentie dans le couloir Ouest.

Peu de temps après la confrontation, un jeune homme blond fit de nouveau son entrée dans l’alcôve. L’air préoccupé, il se dirigea en trombe vers la salle de réunion du rez-de-chaussée. Avant qu’il ne puisse toquer, Kaïdan, Iri et Laudiel sortirent de la pièce. A la vue de la représentante, l’apprenti s’inclina :

« Je viens d’apprendre l’arrivée de la délégation, puis-je vous aider ?

 -Ah ! Mon garçon, répondit la représentante malgré la faible différence d’âge. Barett, je crois. J’ai justement besoin de tes services, Viens avec moi pour organiser la salle de réunion » Elle entraina l’apprenti hébété dans la pièce qui se referma derrière lui.

« Kaïdan, tu vas bien ? S’inquiéta la jeune femme devant le visage tourmenté de son instructeur.

–  Je ne sais pas, lui répondit-il. Les choses me dépassent. Iri, va dans les quartiers et reste y. Ne t’approche pas de la délégation.

-Pourquoi ? S’inquiéta-telle.

-Je ne sais pas encore. »

Sur ces mots et avant que la jeune femme ne puisse répondre, il l’escorta jusqu’au couloir. De nouveau seul, Kaïdan s’apprêtait à monter l’escalier. Mais la silhouette émergeante du bureau d’Hena l’en empêcha.

«Kaïdan ! »

La cheffe de garde s’élança à sa rencontrer, visiblement nerveuse. Ce dernier recula face à la l’élan de la jeune femme qui venait de le saisir aux épaules.

 « Hena, qu’est-ce qui te prend ?

– Ecoute-moi ! Supplia-t-elle. Nous avons très peu de temps. Le conseil m’a fait porter un message. Mes gardes vont venir t’arrêter. La délégation ne vient pas pour l’enfant. Ils vont te mettre à l’isolement. Je t’en prie, ne résiste pas !

– L’isolement ? Comment est-ce possible ? S’étonna le jeune homme.

-Tu es accusé de trahison.

– C’est insensé, je n’ai rien à me reprocher, bafouilla le ménager

-La question n’est pas ce que tu as fait, mais ce que tu t’apprêtes à faire… »

La nouvelle assomma le jeune homme qui ne se débattait plus. La jeune femme chercha son regard et reprit d’un ton ferme :

« Tu dois te laisser faire, le temps de trouver le moyen d’arranger la situation. Tu ne peux fuir. L’Oracle te retrouvera.

-Pourquoi devrais-je te faire confiance ? Répondit Kaïdan reprenant consistance

-Jamais, vous n’avez eu à douter de moi. Je n’abandonnerai pas l’entretien. Je suis ta seule chance.

-D’accord, répondit simplement le jeune homme. Je… je vais chercher Myrha et Dae.

-Ne les mêle pas à ça. Mes gardes vont venir à l’entrée du temple. Je vais les retenir pour que tu te prépares. ».

Hena mit une fiole contenant un liquide transparent dans sa main. Kaïdan regarda l’objet et lui fit un signe d’approbation de la tête. En trombe, il sortit de l’alcôve pour rejoindre la salle du temple sous les yeux inquiets de la cheffe de garde. Barett choisit ce moment pour sortir les bras chargés d’objets.

« -Cheffe ! Je prépare la salle de réunion. Je suis à vous dans un instant, entonna-t-il.

-Barett, l’interrompit Hena. Va chercher Myrha et Dae. Emmène les dans les dortoirs de l’entretien. Nous avons peu de temps. C’est un ordre ! »

Horrifié, le jeune homme jeta les objets éparts sur la table et se précipita dans l’escalier vers le deuxième étage. Après avoir frappé à la porte, il entra précipitamment, juste à temps, pour ne pas être aperçu des occupants du bureau de Tobia. Les deux gardes, le tenancier et son apprenti étaient sortis et se dirigeaient vers la salle du temple.

 « Cheffe, interpela Kaan, tout est en ordre pour l’arrestation. Nous y allons »

 -Très bien, répondit-elle » Elle semblait avoir repris le contrôle. Sa voix ne portait aucunes traces du trouble qui la submergeait. Elle reprit : « Appliquons le protocole. Nous commençons par les quartiers de l’entretien.»

Un toussotement se fit entendre derrière eux. Tous se retournèrent vers la représentante du conseil. Dans l’encadrement de la porte, elle se tenait fièrement droite, les bras croisés. L’air assuré, elle reprit :

« Il semble plus judicieux de se rendre dans la salle du temple.

-Sauf votre respect chère représentante, je souhaite commander mes gardes, répondit froidement la cheffe de garde.

– En prenant en compte votre respect, je préfère me fier aux recommandations de l’Oracle. »

Tous les occupants de l’alcôve regardaient à tour de rôle les deux cheffes se faire faces. Assaillie, Hena dut capituler. Elle se mit à la tête du groupe et se dirigea vers la salle du temple, suivie de près par la représentante et sa garde. Seule Tobie trainait le pas et se retrouva en fin de cortège. L’avance du groupe suffisamment forte, il s’arrêta et attrapa son apprentie par l’épaule avant de lui chuchoter à l’oreille :

« Roa, trouve Kaïdan ! Il ne doit parler qu’en ma présence.»

Résigné, le jeune garçon répondit positivement à son instructeur. Il sortit discrètement vers le couloir Ouest pendant que Tobia rejoignait le groupe. La salle était enfin vide après une matinée d’agitation. Doucement, la porte du deuxième étage s’entrebâilla et une tête blonde s’y glissa pour observer la pièce.

La porte s’ouvrit en grand permettant au jeune homme, le bras autour des épaules d’une jeune femme, de sortir. Cette dernière présentait des difficultés pour marcher. Elle se tenait difficilement à la rambarde. Dans son autre bras, un nourrisson était paisiblement endormi. Ils essayaient de descendre discrètement. Mais, arrivés en bas ces marches, la jeune mère semblait épuisée. Son visage pâle était empourpré par l’effort. Le souffle court, elle continua de marcher sous l’aide de l’apprenti vers le couloir Ouest.

 « Parcourir le temple dans votre état n’est pas judicieux.»

Le personnel de l’entretien sursauta au retentissement de cette voix reconnaissable. Elle était grave, pesante et émanait du couloir opposé. La descente périlleuse avait accaparée leur attention les privant de vigilance. Ils n’avaient pas remarqué la silhouette imposante de l’Oracle qui s’était glissée dans l’alcôve.

« Oracle, je descends pour m’entretenir avec mon époux, répondit Myrha en s’inclinant.

-Un ordre est dressé contre lui pour le placer en isolement. »

Ces paroles étaient froidement prononcées par l’Oracle.Elles prirent les deux compères par surprises et renforcèrent l’effroi de la situation. Barett était pétrifié, il ne quitta pas le sage des yeux. Seul Myrha sembla reprendre rapidement ses esprits. Elle glissa délicatement l’enfant dans les bras de l’apprenti toujours figé.

« Trouve Adal ou Jana ! Lui dit-elle en chuchotant.» Malhabile, le jeune homme serra l’enfant contre lui et se dirigea vers les quartiers de l’entretien.

« Tout ceci ne me semble pas protocolaire, l’interrompit l’Oracle »

Barett repris un état statique au milieu d’un mouvement. Dans ses bras, l’enfant s’était réveillé et fixait de ses yeux marrons son nouveau porteur.

« Barett, maintenant ! lui ordonna la jeune femme d’un ton ferme. ».

Le jeune cuisinier se retourna vers les deux occupants de l’alcôve. De désespoir, il chercha le regard de l’Oracle. Lasse, ce dernier lui fit un signe approbateur de la tête. Barett s’empressa et quitta le hall. Lorsque ses bruits de pas accélérés furent suffisamment loin, l’Oracle reprit la parole :

« Regarde où ton impertinence nous mène. Ma cheffe de garde et mes apprenties désobéissent au temple.

-Au temple ou à toi ? Enchaîna la jeune femme sur un ton de rapprochement

-Quelle différence ? Répondit l’Oracle amusé. Je suis le temple. Tu ne devrais pas les exposer à la trahison. Même s’il est déjà trop tard pour en protéger ta famille.

-Kaïdan… va être jugé ? Répondit-elle les yeux écarquillés.

-Encore une fois, tu te montres bien perspicace, jeune Ohlienne ! Dit l’Oracle pour simple réponse.

– Il en est ainsi. Tu couvres ta fonction de honte ! S’emporta la jeune femme.

– Change de ton ! Répondit l’Oracle de toute sa hauteur. Il n’y a pas d’être en ce monde qui puisse remettre en cause la parole du Don. Depuis trop longtemps, tu oublies ta place et ton rang. Tes agissements mettent en périls la Cité, et je ne puis le tolérer davantage.

-Si je suis la faute, pourquoi punir Kaïdan ? Rétorqua-t-elle. Sois digne et suis le chemin que je dessine devant moi.

-Ces simples mots t’enverraient au bannissement du royaume, Myrha ! Le ton de l’Oracle avait changé. La passivité avait laissé place à la fermeté et l’agacement.

– Alors empêche la trahison d’émaner de moi, continua la jeune femme. Délivre-moi de la rancune qui coule depuis si longtemps dans mes veines. Jamais, tu ne m’as contrée Döllen. Tu préfères le sacrifice d’une âme pure.

– Je respecte mon devoir, envers l’enfant et envers toi. Tu devrais faire de même ! »

Myrha ne put cacher son étonnement face à ce qui semblait être un aveu de faiblesse. Elle voulut répondre, mais l’Oracle leva la main pour lui faire signe de garder le silence. A ce moment, des bruits de pas pressés se firent entendre du couloir Ouest. Ses auteurs étaient en train de courir vers eux. La silhouette imposante d’Adal apparue alors dans l’encadrement du couloir. Il était essoufflé, la poitrine gonflée par l’effort. Dissimulé derrière lui, Barett était dans le même état. Il portait toujours l’enfant silencieux contre son torse. Le cuisinier regarda tout d’abord l’Oracle, visiblement surpris. Il chercha Myrha du regard, montrant son incompréhension. Elle lui dit un signe de la tête qui fit retomber les épaules du cuisinier.

Au même moment, la garde fit son entrée, toujours Hena à sa tête. Elle était suivie de la représentante du conseil, visiblement joyeuse et de Sam qui trainait le pas. Chacun s’inclina devant l’Oracle. Les trois groupes se faisaient désormais faces, dans cette alcôve à l’allure si singulière.

La cheffe de garde rompit le silence :

« Grand Oracle, le protocole a été respecté tout est en ordre. »

A ces mots, l’apprenti garde, Kaan, fit son entrée. De sa main, il déplaçait le corps de Kaïdan figé dans une stase couleur or. Il s’inclina et porta à la vue de tous le traitre. Face à ce spectacle, la jeune mère s’élança vers son époux. Machinalement, Hena leva le bras vers :

 « Ordre de la garde ! S’écria-t-elle »

La jeune femme se retrouva figée également, à côté de son époux. Hena la tenait statique.

Tous les occupants de la pièce semblaient l’être également. Le temps s’était arrêté. Adal, Baret et Sam n’osaient bouger. La terreur pouvait se lire sur leur visage. Même, Kaan n’avait plus l’air aussi sûr de lui. Seule la représentante du conseil semblait désinvolte :

« La trahison semble se propager, commenta-t-elle sur un ton désapprobateur. La délégation va avoir du travail.

-Mon cher Laudiel, pourriez-vous faire preuve de compassion. Rien de plus normal qu’une épouse aimante, de sur quoi affaiblie par l’enfantement, soit désemparée par la situation. Ne perdez pas espoir sur l’implication de nos citoyens pour la cité. »

L’Oracle posa un regard bienveillant sur les occupants de l’alcôve. Après un temps, la cheffe de garde reprit la parole :

« Oracle, quels sont vos ordres ?

– Occupez-vous de préparer le jugement ! L’apprenti cuisinier s’occupera de l’enfant. Laissez la jeune ohlienne reprendre ses esprits. »

En prononçant ces paroles, il s’était détourné de l’assemblée et se dirigeait vers le couloir pour disparaitre. Hena s’exécuta et libéra Myrha de son emprise. Elle la rattrapa et ordonna à Sam d’aider à la jeune femme à marcher. L’apprentie s’exécuta et quitta la pièce à la suite de l’Oracle. Kaan fit de même en guidant le corps inerte de Kaïdan de ses mains. Barett semblait perdu et suivit la représentante d’un air mal assuré. Tous avaient emprunté le couloir Est laissant la cheffe de garde et l’apprenti cuisinier seul. Ce dernier semblait désemparé, perdu dans l’enchainement des évènements. Hena s’approcha de lui et tenta d’attirer son attention :

« Adal ?

-Un jugement… émit le jeune homme pour simple réponse.

-Kaïdan est accusé de trahison, expliqua la cheffe de garde

-Mais qu’a-t-il fait ? S’étonna-t-il

– Ce n’est pas la question. L’ordre vient de l’Oracle.

-Et Myrha ? Et Dae ?

-Je ne sais pas, répondit la jeune femme laissant transparaitre son désespoir.

A ces mots, l’homme sembla se reprendre et releva la tête pour plonger ses yeux dans ceux de la cheffe de garde.

« Tu es partie pendant ton apprentissage, laissant tes amis derrières. Il est temps de faire un choix. Ton rang ou nous.

-Je sais. Trouvons Jana d’abord ! »

Cette idée sembla mettre les deux jeunes gens en harmonie. Ils se précipitèrent dans le couloir pour rejoindre la cuisine.

Index:

Synopsis et découverte du découpage

Prologue: un éternel recommencement

Chapitre 1: Myrha

Chapitre 2: Döllen

Chapitre 3: Tobia

Chapitre 4: La cuisine [Pendant ce temps]

Uranie

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