Histoire d'Uranie, Nos histoires

L’enfant des deux ciels ~ Chapitre 4 : La cuisine [Pendant ce temps]

Chapitre 4 : La cuisine [Pendant ce temps]

La vapeur sortait des deux grandes marmites, faisant tinter leur couvercle. Un feu se consommait en dessous du meuble en fonte sur lequel elles étaient posées. Pourtant, la silhouette à côté ne semblait pas distraite par le bruit assourdissant. Ses bras s’agitaient pour préparer les légumes jetés dans l’eau frémissante. Sa peau mate transpirait sous les émanations. Sa carrure imposante semblait à deux doigts de se cogner dans les nombreuses étagères jonchant les murs. La pièce était exiguë, meublée par d’immenses armoires remplies d’ustensiles et d’aliments.

Deux petits coups contre la porte, et une forme élancée fit son entrée. Les couleurs vives de sa tenue étaient en adéquation avec l’atmosphère de la cuisine. La jeune femme s’assit autour de la table en bois de chêne, en face du feu incandescent. Sur le même banc, à sa droite, quelqu’un était déjà attablé pour le repas du matin. Mais cette personne somnolait devant son bol de lait encore fumant.

« Sylma, fais attention ! »

La petite fille releva le visage encore bouffi par le sommeil et bailla. L’homme aux longs cheveux noirs s’avança pour déposer un bol du bouillon devant la nouvelle arrivante, qui se hâta de le porter à ses lèvres.

« Les livreurs étaient en retard ce matin, commenta t-il. Un peu plus, et vous pouviez dire adieu au petit-déjeuner »

-Adal, ne sois pas si bougon » le réprimanda la jeune femme.

-Ce n’est pas toi qui a dû tout préparer à la hâte… »

Il retourna à ses fourneaux, en continuant de murmurer d’inaudibles paroles, sans conteste grogneuses. La jeune femme semblait amusée de l’humeur du cuisinier. Elle se tourna vers le visage plein de fatigue de la petite fille.

«Sylma, il va encore y avoir beaucoup de monde aujourd’hui. Je voudrais que tu restes avec moi toute la journée. Ne me perds pas de vue ! »

-Mais Jana, je dois faire mes tâches ! protesta la fillette

-Tu les feras à mes côtés ! Dit-elle d’un ton ferme. Les enfants sont épuisés… la journée d’hier étaient trop rude pour eux !

-Tobia n’a pas l’air de ton avis. Roa s’est couché très tard, lui répondit Adal »

Les deux jeunes gens se regardèrent plein d’inquiétudes. Adal se dirigea vers l’armoire qui faisait dos aux deux convives et fouilla au fond d’une étagère. Il finit par extraire une boîte de fer dont il sortit des feuilles séchées. Il se pencha sur le bol de lait de la petite fille pour en déposer.

« Bois, tu te sentiras mieux. »

Il mit le reste des feuilles dans un bol à part. Sylma porta le breuvage à ses lèvres et son visage s’illumina.

« Wouha, c’est trop bon. C’est quoi ?

-C’est un secret, répondit Adal »

Jana posa sa main sur l’avant-bras puissant de l’homme en lui souriant. La petite fille semblait reprendre contenance.

« Jana, sais-tu quand aura lieu la cérémonie d’annoncement ?  Demanda le cuisinier

-Aucunes informations pour le moment, répondit à la jeune femme en se recentrant sur son propre bol de bouillon. Sûrement dans la journée. »

Laissée entrouverte, la porte permit à un nouvel individu d’entrer dans les lieux. Le dos vouté et la démarche lasse, il se dirigeât vers le banc pour s’avachir en face des deux occupantes. La surprise pouvait se lire sur les visages.

« Kaïdan, que fais-tu ici ? Ne me dit pas que Tobia t’a fait venir…

-Ne t’inquiète pas Jana. Il n’y est pour rien. Je ne voulais pas laisser Iri se charger de préparer le temple. Elle n’a que 15 ans ».

Adal, qui s’était hâté à la vue du jeune homme, déposa un bol fumant devant lui. « Je te remercie mon ami » lui répondit ce dernier en signe de gratitude.

« Moi, j’aurais pu aider Iri, déclara la petite fille. Je l’ai fait hier pour allumer les lumières. Par contre, Roa n’aurait pas pu. Il dort encore. Mais moi, je suis là, et… »

-Je te remercie petite, répondit le jeune père avec gratitude, mais tu dois tenir tes tâches. » Il se tourna vers cette dernière.

« De toute manière, Myrha en avait déjà marre de m’avoir dans les pattes »

Cette dernière phrase les fît rire. Adal lui tapa dans le dos « Petit veinard » et retourna à la préparation de ses plats.

« Comment vont-ils ? » demanda Jana

-Ils vont bien, mais Myrha est fatiguée. L’oracle est resté tard avec nous. Heureusement, le petit a dormi cette nuit. C’est déjà un ange, comme sa maman ».

-L’oracle était avec vous ?  S’étonna la jeune femme.

-Heu oui… il a assisté à l’accouchement. Je suppose qu’il est venu vérifier la légende… »

La situation plongea la pièce dans le silence. La journée de la veille pouvait se lire sur leur visage, et cela n’était pas fini. Seule Sylma semblait retrouver son enthousiasme en buvant son lait.

Des bruits toquèrent doucement sur la porte et les tirèrent de leur perplexité. Sylma se leva d’un bond pour aller ouvrir. Une adolescente entra timidement à sa suite. Ses cheveux châtains étaient tirés en chignon, laissant son visage à découvert, mettant ainsi ses yeux verts en avant. Son visage rond, parsemé de taches de rousseur, salua ses hôtes et demanda si Roa était levé.

« Sylma, ordonna Jana, va le chercher. Il est temps qu’il se lève ».

 Adal invita la nouvelle arrivante à s’assoir à côté de Kaïdan et déposa un bol devant elle. Son premier réflexe fut de refuser le breuvage, mais sous le regard de l’assistance, elle se résigna à goûter.

« Adal est le meilleur cuisiner du temple »

L’adolescente acquiesça de la tête à la remarque de Jana. Le cuisinier se détourna avec un sourire et commença à attiser le feu qui commençait à prendre en intensité.

« Tobia l’a obligé à finir la journée ? demanda la jeune fille

-Oui, soupira Kaïdan. Mais n’étant pas là hier pour entretenir la salle, il n’avait pas d’autres choix. D’ailleurs, je vais retourner travailler. Envoyez moi Iri. Dit-il en se dirigeant vers la sortie. Mais seulement après qu’elle ait pris son déjeuner »

L’adolescente semblait contrariée par la réponse du jeune père. Elle regarda son bol.

« Il le fait trop travailler… finit-elle par dire. Je savais que ce n’était pas une bonne idée d’être l’apprenti du tenancier… Ce n’est qu’un enfant… »

-Ne t’inquiète pas Sam, nous veillons tous sur lui ! tenta de la rassurer Jana. D’ailleurs, comment cela se passe en haut, questionna-t-elle .

-Comme pour tout le monde, je suppose… la journée d’hier a engendré beaucoup de travail » La question semblait avoir rendue à la jeune fille son assurance.

-Je veux dire… au niveau du conseil ? tâtonna Jana en replaçant sa toge de couleurs autour de ses épaules.

-Je sais ce que tu veux dire, la coupa Sam. Je ne suis pas habilitée à en parler avec l’hôtesse du temple .

– Bien sûr, excuse-moi… » Jana se détourna mal à l’aise et lança un regard furtif au cuisinier. Tous deux se détournèrent de l’adolescente.

Enfin, les deux enfants de l’entretien firent leur entrée dans la pièce. Sylma reprit sa place. Roa, le visage illuminé, s’installa à côté de Sam, là où se tenait Kaïdan un peu plus tôt. Aussitôt, Adal plaça devant lui le bol contenant les feuilles séchées dans lequel il avait versé du lait chaud.

« Le temple est encore endormi, expliqua Sam, souriante. Pas étonnant avec tous ces évènements. Alors, je suis venue voir mon petit frère »

Elle ébouriffa les cheveux du petit garçon. Tout en entamant son petit déjeuner, Roa continua la discussion sur un ton enjoué :

« Je suis toujours content quand tu descends me voir, Sam. Tu étais où hier ? »

-J’ai gardé le temple, répondit simplement la jeune femme, comme tous les jours »

Roa hocha de la tête. « Là-haut, ils savent pour le pouvoir de l’enfant ? Demanda-t-il. Tobia refuse de me le dire… où peut-être qu’il ne sait pas… J’ai hâte d’aller à la cérémonie de l’annoncement »

-Roa, tu ne pourras pas y assister, le réprimanda sa sœur, tu dois t’occuper du temple, et … »

-Je sais, le coupa l’enfant. Hier, j’ai aidé Tobia toute la journée, c’était vraiment bien »

-Moi aussi, j’ai aidé hier, intervint Sylma »

Les deux enfants étaient pleins d’énergies. La veille n’avait pas entaché leur enthousiasme. Ils racontèrent à l’assistance leur journée et toutes les choses qu’ils avaient apprises.

«Sam, interrogea Roa, t’es-tu déjà baladée dans le temple la nuit ? C’est tellement beau…

-Roa, le coupa la jeune garde, fais attention ! Tu ne dois pas en faire trop. Tu es encore petit… »

-Tobia dit que j’ai la bonne taille pour apprendre, se contenta de répondre le petit garçon. Un jour, je deviendrai comme lui… » Il regarda dans son bol l’air renfrogné sous les regards inquiets de sa sœur et de Jana.

Un nouveau visage, plus réveillé que les autres, fit son entrée dans la cuisine. D’un pas assuré, le nouveau convive se dirigea vers les marmites. C’était un jeune homme d’une quinzaine d’année. Il avait les traits fins. Sa tignasse blonde parfaitement coiffée et son uniforme impeccable, lui donnaient un air très distingué. Il se servit un bol tout en saluant l’assemblée.

« Bonjour tout le monde. Il me semblait bien avoir entendu ta voix Samyriah. C’est gentil de descendre nous voir. Oh, carottes et champignons, mon bouillon préféré ! » Le breuvage fumant à la main, il s’installa en bout de table pour boire.

« Tu nous manques de plus en plus, continua-t-il »

-Merci Barett, répondit Sam visiblement mal à l’aise. Je suis venue voir mon frère »

Le jeune homme ne remarqua pas la gêne de la jeune fille et continua à arborer son sourire. La cuisine commençait à être pleine. Quand tout à coup, des bruits de canne frappant contre le sol, se firent entendre. Jana se leva d’un bond :

« La journée commence. Sylma, allons ouvrir le temple ».

-Mais je n’ai pas fini… Roa a dormi plus que moi… »

La petite fille se tut devant le visage fermé de la jeune femme qui venait de déposer son bol dans l’évier. Sylma se résigna et se leva. Pour montrer son désaccord, elle se mit à trainer des pieds. Mais s’arrêta net devant le regard d’Adal. Ce dernier lui fit signe de regarder dans la poche de sa toge. En y glissant la main, la fillette toucha un tissu enveloppant ce qui semblait être de la brioche moelleuse. Elle comprit que le cuisinier venait de le téléporter. Ce dernier porta son doigt à sa bouche et lui fit signe de se taire. La petite fille lui rendit son geste et se précipita avec plus d’entrain à la suite de l’hôtesse.

Pendant ce temps, les bruits de canne s’étaient faits plus présent. Pour finalement laisser apparaitre Tobia dans l’ouverture de la porte. Il porta un regard venimeux sur la pièce. Ses yeux bleus scrutèrent les occupants silencieux de la cuisine. Lentement, il se dirigea vers le marmite pour se servir lui-même un bol. Il s’installa derrière Barett, adossé au plan de travail. Lorsqu’il vit la boîte de ferraille sortie par Adal, il siffla entre ses dents :

« Du cotcha…, son regard se porta sur Roa, certains semblent avoir des passe-droit »

Ces simples mots rendirent l’atmosphère encore plus pesante. Chacun regardait son bol et s’activait à en finir le contenu. Adal tourna le dos pour nettoyer l’une des marmites avec une attention toute particulière, visiblement mal à l’aise.

« Roa, tu as oublié de ranger le linge hier, reprit le vieil homme. Ce n’est pas sérieux »

-Oui, maître. Répondit aussitôt Roa. Je suis désolé ».

Il sauta sur ses jambes et couru hors de la pièce. La mauvaise humeur du tenancier ne semblait pas être rassasiée. Il posa son regard sur la jeune Sam.

« La garde prend ses déjeuners avec l’entretien… C’est intéressant. A moins… que les liens du sang soient désormais plus fort que ceux du rang… Ai-je manqué un revirement dans les règles du temple ? »

Les joues empourprées, Sam déglutit. Se dandinant sur le banc, elle semblait chercher une parade. Mais aucun de ses compagnons n’intervenaient.

« Mes gardes ont le droit d’arpenter le temple comme bon leur semble, Tobia. Dois-je te rappeler qu’ils sont chez eux ?»

La phrase, dite avec calme et fermeté, émanait d’une silhouette, adossée au portant de la porte. Elle s’était furtivement glissée dans la pièce. Si bien, qu’elle fit sursauter ses occupants. Les bras joints contre la poitrine, la jeune femme regardait Tobia dans les yeux. Sa longue chevelure noire descendait jusqu’à ses hanches. Ils faisaient ressortir sa chemise de soie blanche. Elle était la seule à porter un pantalon, moulant. Tous les visages étaient tournés vers elle. Devant le silence, elle reprit parole :

« Ton hospitalité laisse à désirer. Etonnant pour un tenancier ! »  Le ton était neutre, mais la dureté des mots ne laissait aucun doute sur les intentions de la nouvelle arrivante. Le visage du vieil homme se crispa davantage. Adal avait commencé à remplir un bol, mais la silhouette longiligne lui fit signe de la main pour le stopper.

« Je dois m’entretenir avec vous sur notre nouveau pensionnaire, reprit-elle. Mais je vous en prie, finissez votre… pause » Sa manière de prononcer le dernier mot fit parcourir un frisson dans l’assemblée.

« Chère Hena, c’est un honneur de vous recevoir en ces modestes lieux. Je suis à vous ».

Le vieil homme se servit de sa canne pour rejoindre la cheffe de la garde. Les visages des autres occupants avaient retrouvé leur activité principale de la matinée, fixer leur bol. Tobia déposa le sien sur la table avant de sortir.

Il fallut attendre l’évanouissement des bruits de canne pour que la cuisine s’anima de nouveau. Alda ramassa le bol laissé et commença à le laver. Il retournât ensuite à la préparation du repas du midi. Alors qu’il se levait pour nettoyer son couvert, Barrett rompit le silence de sa voix fluette :

« Eh bah, ils font froids dans le dos ces deux-là » Il poursuivit : « Cette Hena… Je ne sais pas comment tu fais Sam… ».

Avant que cette dernière ne puisse répondre, Adal, d’ordinaire peu loquace, prit la parole :

« Tu ne devrais pas parler ainsi ! Dit-il d’un ton ferme. Ils font leur travail ».

Barett ne trouva rien à dire. Devant le ton assuré et l’imposante carrure de son responsable, il commença son travail. Son visage exprimait son humiliation. Il prit une corbeille de fruit et s’installa à la table pour éplucher son contenant.

Cependant, le calme laissait par les remontrances fut de courte durée. Avec précipitation, le visage d’une jeune fille passa la porte. C’était une adolescente, du même âge que Sam et Barett. Mais, son apparence était plus négligée. De toute évidence, sa toge bleue avait été mise à la hâte et était de travers. Ses cheveux blonds emmêlés tombaient en désordre sur ses épaules. Les marques du sommeil imprégnaient toujours son visage.

« Je suis en retard, hurla-t-elle. Quelqu’un a-t-il vu… Oh Sam, tu es là ». Son visage s’illumina, lui faisant oublier son urgence. Elle glissa un baisé sur sa joue et s’assit à côté d’elle.

« Encore un réveil difficile ? S’amusa l’autre jeune femme comme réponse »

La nouvelle arrivante prit une pomme du panier, pendant que Sam lui remettait le col de sa toge. Sans remarquer ce geste, elle croqua dans le fruit :

« Tu es venue voir Roa ? demanda-t-elle

-Il est déjà parti travailler… répondit Barett d’un ton approbateur, sans laisser le temps à Sam de répondre. Il est déjà tard, Iri. »

-Ah… se contenta de répondre la jeune femme, ne semblant pas comprendre la remarque.  Dis Adal, reprit-elle impassible, tu crois qu’il va y avoir encore beaucoup de monde aujourd’hui… »

– Iri, tenta de l’arrêter Adal »

-… car hier sans Kaïdan, cela a été très dur d’entretenir les lieux… »

– Iri, insista le cuisinier »

-Oui ? Quoi ? s’interrompit l’adolescente surprise »

-Tu es en retard ! »

L’écho des mots lui fit l’effet d’un électrochoc. Elle sauta d’un bond vers la sortie :

« Oh, c’est vrai ! Je vais encore avoir des corvées supplémentaires… ».

Sam se leva également. « Je t’accompagne ». Elle suivit Iri hors de la cuisine, sans lancer un regard à Barett. Qui semblait d’encore plus mauvaise humeur. Mais à peine les deux jeunes femmes parties, les couleurs vives regagnèrent la pièce. Jana venait de revenir dans la cuisine pour s’adresser au jeune homme toujours assit.

« Barett, tu dois rejoindre Tobia. Une délégation arrive et il a besoin de toi pour préparer la pièce »

Ce fut autour du jeune homme de bondir du banc.

« Comment est-ce possible, marmonna le jeune ménager, je n’ai pas été prévenu » Il commença à débarrasser la table à la hâte, visiblement très inquiet.

« Une délégation ? mima Alda des lèvres à l’attention de la jeune femme. Cette dernière lui répondit d’un haussement d’épaule. Elle avait l’air aussi décontenancé que les deux hommes. Adal prit le saladier de pommes des mains de Barett.

« Vas-y ! Je vais finir. Je ne voudrais pas qu’on me reproche ton retard » Le jeune homme lui lança un regard entendu avant de s’élancer vers la sortie. Ses gestes n’étaient pas aussi assurés qu’à l’habitude.

« Le haut conseil vient nous rendre visite… lui expliqua Jana une fois seule avec le cuisinier.

-C’est pour cela qu’Hena est là ? Lui demanda t-il.

-Hena ! S’étonna à son tour la jeune femme. Non… je ne crois pas…

– Je ferais mieux d’aller nettoyer les chambres, qui sait ce qu’ils veulent ?

-Vas-y, je finis de ranger. Sylma va t’aider »

Adal la remercia d’un signe de tête, lui déposa brièvement un baisé sur la tempe et sortit. Jana se plaça devant le plan de travail. « Que d’étrangetés aujourd’hui ! » prononça-t-elle pour elle-même, avant de commencer le ménage en chantonnant.

Jana était efficace dans sa tâche. Elle déplaçait les objets autour d’elle, sans avoir besoin de les toucher. Très vite, la cuisine reprit forme. Ensuite, la jeune hôtesse prit le saladier entamé par Barett et s’installa à la table. En faisant voler le couteau dans les airs, elle éplucha les pommes. A peine eut-elle commençait, que ses pensées furent interrompues.

« Iri, s’étonna l’hôtesse, que fais-tu ici ?

– Kaïdan m’a dit de me tenir loin de la délégation… alors je suis revenue. Et toi, tu aides Adal en cuisine ?

-Le haut conseil a fermé l’accès au public. Autant que j’aide ici »

Iri prit un couteau sur le plan de travail et s’installa en face de la cuisinière remplaçante. Son visage semblait plus réveillé, mais ses cheveux étaient toujours en bataille. Elle commença à éplucher les fruits de ses mains.

« C’est étonnant ce qui se passe, non ? Je veux dire, la délégation, le haut conseil… »

-Je sais, se contenta de répondre Jana. Fais attention Iri, tu enlèves la moitié de la chair »

-Oups, répondit amusée la jeune femme, je n’ai pas l’habitude. A force d’allumer les lumières et mettre de l’ordre dans le temple, je ne sais plus rien faire d’autres »

Les deux jeunes femmes se replongèrent dans leur tâche. Mais Iri ne pût s’empêcher de rompre de nouveau le silence.

« Jana, je peux te poser une question personnelle ? » Elle attendit le hochement de tête entendue de son interlocutrice pour continuer. « Vous vous connaissez depuis longtemps Adal, Myrha, Kaïdan et toi, non ? Je veux dire, avant de travailler ici ?

– Pourquoi demandes-tu cela ? S’étonna Jana »

-Vous avez l’air proche tous les quatre. Vous vous aidez dans les tâches, alors même que Tobia l’interdit »

A ces mots, et sûrement par manque d’attention, Iri se blessa avec son couteau. Elle porta son doigt meurtri à sa bouche tandis que Jana fit voler un linge propre jusqu’à elle.

« Mets ton doigts dedans. N’oublie pas d’aller voir le guérisseur avant de retourner travailler, lui conseilla la jeune femme. Kaïdan, Adal et moi avons grandi au temple, mais Myrha est arrivée pour son apprentissage. Nous sommes tout de suite devenus amis. Certes Tobia est sévère, mais il fait appliquer les règles. Malgré tout, il n’a jamais cherché à nous séparer. Même lorsque nous étions plus jeunes et que nous nous glissions sans permission à cette table pour bavarder. Tobia le savait, mais il se taisait »

-Et aujourd’hui, il vous laisse continuer… et faire vos tâches respectives… conclut Iri. Il doit bien vous aimer. Moi, il passe son temps à me réprimander.

– Il fait ça pour ton bien. Pour que tu serves dignement le temple »

La jeune fille fit la moue devant la réponse de son ainée. Elle ne semblait pas convaincue par cette analyse. Elle reprit la parole :

« Tu sais, avec Sam, nous avions aussi nos moments. Tous les soirs, avant de rejoindre nos dortoirs, nous nous retrouvions sous l’escalier de la tour Est »

– L’escalier de la tour Est… » repris Jana avec nostalgie

– Je l’attends tous les soirs. Mais désormais, ses descentes sont rares »

-Iri, nous sommes là pour servir la cité. Sam fait son devoir. Nous devons tous grandir un jour. » Malgré les mots durs, la jeune femme gardait un ton doux et apaisant.

-Je ne vois pas pourquoi… Ce sont justes de veilles légendes… rétorqua l’adolescente en levant les yeux au ciel.

-Tu es sûre ? Nous sommes entourées par la magie. Si l’Oracle a voulu les choses ainsi, il faut s’y plier. Ne l’oublie jamais Iri.

– Comme pour l’enfant des deux ciels… commença la jeune fille »

Sa phrase fut coupée par l’interruption de Roa. Il était essoufflé et avait perdu son sourire. Ses yeux noirs semblaient apeurés. Il s’approcha brutalement de l’adolescente pour la questionner :

 « Iri, cria-t-il, as-tu vu Kaïdan ? Tobia le cherche. Il est furieux !

-Non, répondit-elle précipitamment. Je l’ai vu quitter le temple après m’avoir congédiée. Que se passe-t-il ? »

Sans prendre le temps de répondre, l’apprenti tenancier sortit de la pièce en trombe, laissant les deux jeunes femmes perplexes.

« Le petit fréquente trop Tobia, conclut Iri. Tu crois que c’est en rapport avec la cérémonie… »

Mais sa phrase fut de nouveau coupée par des mouvements venant du couloir. Deux silhouettes firent irruption dans la pièce. Hena, suivit de très près par Adal. Ce dernier referma précipitamment la porte après leur entrée. Ils avaient tous deux le visage dur, l’inquiétude pouvait se lire. La cheffe de garde prit la parole la première :

« Nous avons un souci. Kaïdan vient d’être arrêté ».

 A suivre: Chapitre 5 ~ La salle du temple {Pendant ce temps}…

Index:

Synopsis et découverte du découpage

Prologue: un éternel recommencement

Chapitre 1: Myrha

Chapitre 2: Döllen

Chapitre 3: Tobia

Chapitre 4: La cuisine [Pendant ce temps]

Chapitre 5 : Les quartiers de l’entretien [Pendant ce temps]

Uranie

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