Histoire de Calliope, Nos histoires

La fille du Vent – Chapitre 5

     Se tournant et se retournant dans son lit, Aliya ne parvenait pas à trouver le sommeil. Sa colère contre son cousin lui avait momentanément fait oublier son expérience étrange, mais à présent tout lui revenait en mémoire. Elle avait créé un portail. Certes, il avait été sommaire, mais il était tout de même apparu ! Or, c’était censé être impossible à cause de la barrière magique. Et, elle n’avait même pas été repérée ! Pourtant, elle n’avait pas rêvé, elle avait vu les particules s’entrechoquer, tourbillonner, s’agglutiner les unes aux autres. Il y avait donc une faille quelque part. Si Bohdan et le minus n’étaient pas arrivés à ce moment-là, elle aurait peut-être pu finaliser le portail et l’utiliser … Pour en avoir le cœur net, elle allait devoir tenter de nouveau l’expérience. Seule ? Les paroles de son cousin résonnaient encore dans sa tête. Sa fierté en avait clairement pris un coup. Elle était tentée de ne pas lui en parler afin de pouvoir lui clouer le bec si elle y parvenait sans son aide. Mais, elle était lucide et savait qu’elle avait besoin d’une protection pour s’entrainer. Cette nuit n’avait été qu’un coup de chance. Mais, si elle essayait seule et se faisait attraper, elle disparaitrait. Ou, tout du moins, son Âme. Et, elle serait privée de pouvoirs. Elle ne serait plus personne, elle ne vaudrait plus rien, …

     Et puis, Bohdan n’avait pas tout à fait tort, elle était constamment énervée et elle le savait. Mais, qui ne le serait pas avec de telles conditions de vie ? Bref, il était rare que son cousin s’énerve lui-même, ayant plutôt pour habitude d’apaiser les autres. Quelque chose clochait. Soit il avait eu très peur pour elle, soit il était tracassé par autre chose. Dans tous les cas, elle allait devoir s’excuser pour le découvrir, chose qu’elle faisait rarement. A vrai dire, c’est auprès de lui qu’elle s’excusait le plus volontiers car les autres l’énervaient avec leur air narquois. Bohdan, lui, acceptait ses excuses et passait à autre chose.

     A différents niveaux, elle le considérait comme un grand frère. Bon, les autres aussi, même si ça lui faisait mal de l’admettre, mais c’était avec lui qu’elle avait le plus d’affinités, et surtout avec lui qu’elle se prenait le moins le bec. Pour le taquiner, elle lui répétait souvent que son côté Humain le rendait apathique, mais en réalité, et paradoxalement d’ailleurs, elle appréciait cette facette de sa personnalité. Il était tellement calme et mesuré que sa simple présence parvenait à l’apaiser. Elle était souvent plus sereine à ses côtés. Et puis, il était toujours de bon conseil. Contrairement à elle, il ne fonçait pas tête baissée. Il prenait le temps de réfléchir pour trouver la solution la plus adaptée. Et, elle devait bien l’avouer, cela l’agaçait un peu parfois car elle aimait agir du tac au tac.

     Cela dit, outre la personnalité de son cousin, elle trouvait ses dons très stimulants. Il était le seul à pouvoir utiliser son Don dans cette cité maudite. D’ailleurs, il avait préféré ne pas ébruiter la chose. Elle et certains des cousins le savaient, mais personne d’autre n’était dans la confidence. C’était d’ailleurs bien pratique car cela leur permettait de se réunir en secret assez régulièrement. Et puis, maintenant, ils s’entrainaient tous les deux pour être sur la même longueur d’ondes et agir de concert. Qu’allait-il lui dire quand elle lui révèlerait ce qu’elle était parvenue à faire ? Il savait qu’elle était une Ouvreuse de portails (l’une des dernières d’ailleurs). Cependant, depuis qu’ils avaient été parqués ici, elle n’était pas parvenue à utiliser son Don. C’était donc un grand pas en avant ! Un pas de géant même ! Toutefois, le problème était de le reproduire. Allait-elle y parvenir ? N’était-ce qu’un coup de chance ? Avait-elle trouvé une faille dans le portail ? Elle devait vérifier toutes ces hypothèses et elle espérait que Bohdan l’y aiderait.

      Au petit matin, c’est donc pleine de détermination qu’elle se prépara à la journée qui arrivait. Elle avait prévu de retrouver Bohdan pendant les corvées et de lui donner rendez-vous le soir-même. Mais, avant cela, elle devait trouver de quoi se faire pardonner. A chaque fois qu’elle contrariait son cousin, elle mettait un point d’honneur à lui rendre un service, ou bien à ne pas arriver devant lui les mains vides. Elle se pressa donc de réaliser les tâches qui lui étaient assignées afin de pouvoir aider son cousin avec les siennes par la suite. Ayant agi avec la plus grande rapidité possible, c’est à bout de souffle qu’elle arriva auprès de lui. Ce qu’il devait réaliser était assez physique puisqu’il avait pour ordre de déplacer les blocs de pierres constituant les ruines de l’ancienne cité. Aliya était musclée pour son âge, mais pas suffisamment pour être assez efficace. Aussi se contenta-t-elle de déplacer le plus de petits morceaux possible. Son coup de main n’était pas vraiment significatif, mais cela restait utile. Et puis, ça mettait un peu de baume au cœur de tous les travailleurs de voir qu’on venait leur prêter main forte de temps en temps. Ils ignoraient que la jeune fille faisait ça pour se faire pardonner, alors ils appréciaient son geste et avaient une certaine estime pour elle. Ainsi, c’est dans l’ignorance la plus totale que la jeune fille était en train de se bâtir une réputation bienveillante. Bohdan, lui, savait tout, bien évidemment. Mais, il avait le cœur sur la main, et malgré le caractère explosif de la petite Aliya, il l’aimait beaucoup. De ce fait, jamais il ne contredisait les compliments qu’il entendait sur elle. Bien au contraire, il acquiesçait et allait dans leur sens. Encore en ce jour, il constata qu’elle continuait de les impressionner et de leur donner du courage. Un jour, il le savait, ils pourraient bien la suivre …

     Les corvées étant terminées, le cousin et la cousine se dirigeaient vers la ruine qui leur servait de salle de restauration familiale. Aliya profita de ce moment commun pour aborder avec Bohdan le sujet qui la taraudait.

– Bohdan, j’ai quelque chose de très important à te dire. Mais avant, tu dois me promettre de ne pas en parler aux demi-portions.

– Aliya, la rappela-t-il doucement à l’ordre.

– Bon, OK, il ne faut pas en parler aux autres cousins, si tu préfères.

– Merci, sourit-il avec douceur.

– Alors ?

– Alors quoi, petit chat ?

– Tu promets ?

– Bien sûr ! Tu sais bien que je garde toujours tes secrets.

– Oui, c’est vrai, admit-elle après une courte réflexion. Je vais tout te dire alors. Hier soir, lorsque vous m’avez rejointe dans le tunnel, il venait de se passer une chose incroyable !

– Incroyable, rien que ça ? la taquina-t-il gentiment.

– Bohdan, je suis sérieuse. Juste avant que vous n’arriviez, des gardiens étaient au-dessus de moi, dans la rue. D’ailleurs, j’ai eu super peur de me faire attraper et de finir emprisonnée, je ne sais … Bref, passons. Je ne savais pas vraiment quoi faire, j’ai paniqué, je voulais me retrouver à la maison, en sécurité. Et, avant même que je ne m’en rende compte, j’ai commencé à créer un portail !, s’exclama-t-elle.

Sous le coup de la surprise, Bohdan s’arrêta net. Puis, réalisant soudain l’ampleur de cette révélation, il tourna rapidement la tête à gauche et à droite pour vérifier qu’ils étaient bien seuls et que personne ne les avait entendu. Il lui attrapa la main et la força à le suivre dans un logement effondré.

– Peux-tu me jurer que tu viens de me dire la vérité, Aliya ? C’est très grave ce que tu viens de m’annoncer là.

– Evidemment que c’est vrai, riposta-t-elle en dégageant sa main. Tu crois que je m’amuserais à faire ce genre de blague stupide ? Je ne suis plus un bébé !

– Très bien, le mieux est d’en reparler plus tard, loin des oreilles indiscrètes.

– Justement, je …, commença-t-elle.

– Rendez-vous ce soir, à la deuxième heure lunaire, sous ta maison. Je viendrais te chercher.

– D’accord, c’est noté, acquiesça-t-elle à contrecœur car vexée de ne pas avoir pu fixer le rendez-vous elle-même.

– Bien. Motus et bouche cousue maintenant, lança-t-il en mimant une fermeture devant sa bouche.

Sur ces dernières paroles, ils sortirent de leur cachette de fortune et se pressèrent de rejoindre les autres avant de ne plus rien avoir à manger.

Le soir venu, l’heure du rendez-vous approchait et Aliya ne tenait plus en place. Elle avait passé toute la journée à y penser. Si jamais elle était capable de créer un portail, ça changerait totalement la donne ! Il faudrait organiser une évasion grandeur nature ! Elle pourrait sauver sa famille et tous leurs compagnons d’infortune ! C’est donc le cœur plein d’espoir qu’elle traversa l’ouverture dans son plancher. Arrivée en bas de l’échelle, elle tomba nez-à-nez avec Bohdan.

– Pile à l’heure !, lui lanca-t-elle de façon enthousiaste.

– Comme toujours, ma grande ! On est parti ?

– On est parti !

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