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Les dystopies, de la science-fiction au young adult

Imaginez! Vous êtes allongé, émergeant d’un profond sommeil. Les premiers rayons du soleil vous caressent le visage. Doucement, vous ouvrez les yeux. Vous êtes dans votre chambre ; tout est à sa place; tout est calme. Cependant, l’atmosphère est pesante. Cette aura ordinaire, auparavant si rassurante, dissimule votre peur. Le monde qui vous entoure est devenu effrayant, oppressif. Vous venez de plonger dans une dystopie. Tout vous est familier, pourtant le monde est déliquescent. Ce que vous connaissez, nous a détruit.

Issu du grec «dys» (mauvais état) et «topos» (lieu), cette forme littéraire s’est construite autour de l’utopie, néologisme de l’œuvre de Thomas Moore de 1515. Satire de ses contemporains, le livre est à l’origine de cette école de pensée, et a influencé de nombreuses théories politiques et économiques, en créant une société strictement égalitaire, sans propriété et sans argent. L’utopie est donc mise au service de la critique des réalités néfastes de notre société.

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A l’inverse, la dystopie se projette dans l’avenir. Si l’utopie n’existe pas, elle est un point à atteindre. Cette recherche imposée du bonheur va dégénérer, rendant la société effrayantes pour ceux qui la vivent. Toujours dans un esprit critique, cette fois, il s’agit de se questionner sur le chemin qu’emprunte une politique ou une idéologie.

Aujourd’hui, nous n’allons pas rentrer dans le détail de ces sociétés. Les deux prochains articles seront dédiés à leurs créations et la manière de leur donner vie. Je vais vous parler de la Science-fiction pour laisser la place à Calliope et le Young Adult.

La dystopie et la  Hard Science-fiction, au service d’une peur du futur:

Lors de mes recherches, j’ai lu plusieurs analyses qui confondaient les notions de science-fiction et de dystopie. N’étant pas d’accord, je vais essayer de faire une petite introduction, pour ensuite vous exposer des œuvres abordant les deux thèmes.

La science-fiction est un genre traitant du futur de notre société, sous l’angle des avancées scientifiques et techniques. La notion de réelle est très importante. Ce progrès doit émerger par anticipation des connaissances ou par ses impossibilités actuelles. Les lois de la physiques doivent-être respectées. Étant une grande amatrice de ce qu’on appelle communément la « Hard SF », j’insiste fortement sur ce point. Il est rare que les avancées technologiques soient spectaculaires dans une dystopie, d’où sa singularité avec la science-fiction. Le progrès doit être au centre de l’oeuvre.

Dès lors, aborder une dystopie dans la science-fiction revient à mettre en évidence la menace du progrès! Ce mélange permet de se questionner sur les conséquences néfastes du chemin choisi. L’un des exemples les plus significatifs est celui de l’intelligence artificiel. De nombreux scientifiques mettent en alerte sur les dérives du développement de cette technologie édicté par le grand auteur de science-fiction Isaac Asimov, dans son cycle sur les robots :

  1. un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, en restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger

  2. un robot doit obéir aux ordres qui lui sont donnés par un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi ;
  3. un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi.

C’est le cas du très célèbres ouvrages I Robot de Mickey Zucker Reichert. Il est possible d’imaginer une dystopie où des IA n’ont pas respecté ces commandements. En revanche, certains auteurs comme Ray Kurzweil qui, en développant les thèses transhumanismes, présente cette technologie comme le salut de l’humanité.

Dans la dystopie, la société est imaginaire, mais se rapproche fortement de la notre, seuls des modifications sociales, politiques ou historiques sont apportées. Elle permet à l’auteur de mettre en lumière sa critique. Dans la science-fiction, le progrès sera au service d’un changement d’ordre politique. Je vous propose d’étudier deux œuvres majeurs pour comprendre.

Le-meilleur-des-mondesLa première est l’oeuvre d’Aldous Huxley parue en 1932. Elle décrit une société divisée en castes hiérarchisées. La société se développe par fécondation artificielle, modifié et se développé en tube, afin de correspondre aux places qu’ils auront dans la société. La plupart étant au service de la caste supérieur, les alpha. Chaque individu sont conditionné durant la phase embryonnaire et durant l’enfance pour leur apprendre à aimer leur condition et leur société. Afin d’atteindre un équilibre, le susoma, une drogue du bonheur, est ingéré par tous les individus. Une liberté sexuelle est prônée, la fidélité, la monogamie et la chasteté sont considérés comme des comportements déviants. La société n’a pas de religion, bien qu’elle se glorifie elle-même sous la personnification « Ford ». Ici le développement de la technologie permet le conditionnement et le contrôle de sa société, la privant de libre arbitre. Dans la deuxième oeuvre, le progrès permet son contrôle et sa surveillance.

1984Elle est parue en 1949 sous la plume de George Orwell. Suite à de grandes guerres nucléaires dans les années 50, le mondes est séparé en trois grands blocs: l’Océania, l’Eurasia et l’Estasia qui sont en guerre perpétuelles les une contre les autres. Mais attention, les alliances se font et se défont, comme l’Histoire, car dans ces sociétés, elle est réécrite au besoin du gouvernement. Ces trois entités sont totalitaires et s’appuient sur des idéologies différentes, uniquement par leur nom. Rapproché des dérives du communisme entraînant un totalitarisme auprès de prolétaires, prétendument défendu.  Ces sociétés sont soumises à la télésurveillance. L’intrigue suit Winston Smith, membre de la caste intermédiaire dont le métier est de modifier les archives historiques pour les faire correspondre aux versions officielles du Parti. Mais ce dernier ne se soumet pas à cette pratique d’amnésie sélective. Poursuivi par la police de la pensée, il cherche à se protéger et échapper au regard du télécran.

Ces deux œuvres sont des plus connues dans la science fiction, et aborde la dystopie. Si la première société a exploité tout ce que nous aimons à notre perte, la deuxième établit le même schéma avec tout ce qui nous fait peur.

Uranie

Maintenant qu’Uranie vous a expliqué ce qu’était la dystopie et qu’elle l’a distinguée de la SF, nous allons faire un petit point sur la tranche Young Adult qui y est consacrée.

couv18966054.jpgAujourd’hui, quasiment à chaque fois que l’on entend parler de dystopie, cela concerne un roman Young Adult. Et ce, depuis le succès fulgurant de la trilogie Hunger Games, de Suzanne Collins. Si vous ne connaissez pas (ce qui est possible, je vois encore des gens découvrir la série), il s’agit d’une société divisée en 12 districts, dont le Capitole (celui qui oeuvre ici pour atteindre l’Utopie) qui organise chaque année les « Jeux de la Faim ». A l’occasion de ces jeux, 24 jeunes (deux de chaque district) sont tirés au sort afin de s’opposer dans une arène grandeur nature, et quand je dis « s’opposer » je veux dire « s’entre-tuer » car, à la fin, il ne doit en rester qu’un …

C’est plutôt morbide tout ça … Alors, on peut se demander ce qui nous plait là-dedans en fin de compte. La réponse est simple : ces romans partent de dérives de notre société actuelle et nous plongent dans un futur potentiel (bon ok, souvent ça va loin, mais qui sait …). A partir de là, on se sent forcément concernés ! On tente de comprendre comment les choses ont pu s’envenimer pour en arriver là, on se demande comment éviter d’en arriver à de telles extrémités, et, surtout, on attend la fin avec impatience afin d’être rassurés et de voir que tout est bien qui finit bien !

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Mais, il faut tout de même ajouter que la Dystopie est un thème vaste qui inspire bien des auteurs et que ceux-ci ne se cantonnent pas à la lutte sanglante et armée contre le pouvoir ! Par exemple, la saga La Sélection, de Kiera Cass est une dystopie à l’opposé de Hunger Games. Ici, les Etats-Unis sont toujours divisées en castes (ce qui revient très souvent dans la dystopie), mais nos héros, loin de tenter de s’entre-tuer (même si ce n’est sûrement pas l’envie qui manque à certaines, ah ah !) sont réunis dans un jeu de séduction. En effet, 35 candidates sont invitées au palais royal pour faire du gringue au prince et tenter de s’emparer de son cœur.

Avec cette saga, on s’intéresse davantage à l’impact des médias sur l’opinion publique (je vous l’accorde, le sujet est aussi abordé dans Hunger Games, mais dans une moindre mesure). D’ailleurs, cela me fait un peu penser à Phobos, de Victor Dixen, qui exploite largement ce filon ! (et d’une façon magistrale, d’ailleurs !) Mais, je m’égare, on ne parle plus vraiment de dystopie là (quoique …).

Personnellement, je trouve que ces livres sont importants car ils font vraiment réfléchir les (jeunes) lecteurs. Ces derniers prennent ainsi conscience de tout un tas de choses et cela se répercute sur leur façon de penser, sur leur manière de vivre. Ils se mettent à réfléchir à la politique actuelle, au libre arbitre, à la liberté de penser, … Néanmoins, je regrette que cela ne soit pas plus poussé. La voie de la réflexion leur est clairement ouverte, mais c’est à eux de poursuivre le chemin seuls. Alors, je ne dis pas qu’il faut materner les lecteurs et tout leur expliquer de A à Z, mais, souvent on évoque les sujets « fâcheux » en surface et c’est dommage. Je trouve que la dystopie Young Adult mériterait d’être davantage approfondie !

Pour conclure, comme vous pouvez le voir, de nombreux thèmes forts sont abordés dans les dystopies (toutes tranches d’âges confondues), ce qui rend ce genre vraiment très riche ! Nous espérons que notre article vous a plu et nous vous donnons rendez-vous pour les conseils d’écriture relatifs à la dystopie !

A bientôt !

Calliope png

7 réflexions au sujet de “Les dystopies, de la science-fiction au young adult”

  1. La dystopsie… au début.je ne savais pas que c’était un genre littéraire lol. J’ai appris ce le en faisant un salon du livre. Mais come cela c’est très. Bien expliqué c’est top. Bonne soiree

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  2. Salut !
    Super article, très complet. Perso, je suis persuadée que toutes les utopies sont des dystopies déguisées.
    Je dois avouer que j’ai du mal avec les dystopies, j’aime lire pour m’évader et rêver pas pour angoisser ^^’ (A l’exception de Farenheit 451, bizarrement c’est l’un de mes romans préférés). Cela dit j’ai bien aimé la saga des Hunger Games, je trouvais le suspens et la tension très bien construits. Mais je suis d’accord avec toi sur le dernier point, les dystopies young adult manquent cruellement de profondeur. Même dans le cas de Hunger Games, on ne nous dit pas vraiment comment la société a dérivé pour en arriver à ce point, ce qui enlève tout le côté réaliste…

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    1. Bonjour! Nous te remercions 🙂 Par contre, je suis désolée, mais je ne vois pas ce que tu veux dire. Farenheit 451 est un chef d’oeuvre. Peut-être te plait-il car il est inimaginable d’avoir un monde sans livre! Pour Hunger Games, tu viens bien de marquer la différence entre science-fiction et yound adult C’est le parfait exemple.

      Aimé par 1 personne

      1. Désolée, c’était juste une réflexion personnelle, après avoir lu l’utopie de Thomas More, je m’étais dit que le monde qu’il décrit comme idéal pouvait vite devenir cauchemardesque pour d’autres ^^’. Du coup est-ce vraiment possible d’imaginer une « vraie » utopie ? Enfin, bref.
        Oui c’est vrai qu’un monde sans livre pour quelqu’un qui veut devenir écrivain c’est un vrai cauchemar ! ^^’
        Pour moi c’est plus une faiblesse de la part de l’auteur qu’une différence de genre… Pourquoi ne pourrait-on pas avoir des oeuvres young adult un peu plus développées ?

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  3. Bonjour, je trouve ton article très intéressant. J’ai moi même creusé le sujet sur mon blog https://audreypleynet.wordpress.com/2018/02/21/les-romans-dystopiques-young-adult-ou-les-3-fantasmes-de-ladolescence/
    Mais je ne suis pas arrivée du tout à la même conclusion : la différence entre les dystopies classiques et les dystopies YA est que les dystopies YA font croire que la révolte est possible, et donc que si un tel monde apparait ce ne serait pas si grave que ça. Alors que les dystopies classiques type 1984, Farhenheit 451, la zone du dehors, le meilleur du monde, nous montre qu’il sera trop tard et qu’il faut combattre les dérives de notre société dès maintenant. De plus je vais plus loin : j’explique en quoi les lecteurs ado veulent vivre dans une dystopie. et oui j’avais que je pousse le bouchon un peu loin. j’ai très très très hâte d’en discuter avec toi !

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    1. Bonjour Audrey. Merci pour ton commentaire très intéressant. Je me suis empressée d’aller lire ton article pour pouvoir te répondre. J’ai beaucoup aimé ce dernier, je laisserai mon commentaire directement sur ton blog juste après. Je vais essayée de ne pas faire de doublon… mais je ne promets rien!
      J’ai beaucoup aimé ton article sur les YA, et je le pense très représentatif. N’ayant lu que Hunger Games et le premier tome de divergente, je n’ai pas beaucoup de matière pour parler du domaine. (Calliope sera beaucoup plus apte à réagir sur le sujet). J’ai beaucoup aimé ton analyse sur l’envie des adolescents de vivre dans une dystopie. J’ai appris beaucoup de choses.
      Je suis d’accord avec ton commentaire « un tel monde apparaît, ce ne serait pas si grave que ça ». Et peut-être est-ce là où réside toute la différence entre le YA et les dystopies classiques. Le premier genre a pour destination un public qui doit s’identifier au héros principal pour qu’il se libère des contraintes sociétales. Je te remercie de l’avoir si bien expliquée dans ton article. Le monde est créé autour de cette visée utopiste. A l’inverse dans les dystopies classiques, les protagonistes sont au service de la création d’un univers dégénérant. Ils en sont eux-même le fruit et ne peuvent se dégager des contraintes sociétales. Ils sont contrôlés et dominé par elles (contrairement au YA où ils sont extrêmement libre, par rapport à un monde totalitaire).
      Je pense que la différence tient au réalisme de l’intrigue. Les YA ne sont pas du registre de la science-fiction. Contrairement aux dystopies classiques qui respectent à la fois les règles physiques et sociologiques. Dans le monde réel, on ne défit pas un gouvernement seul, on ne détruit pas les plans d’une IA, on ne prend pas le pouvoir… Les comportements humains de peur, de résignations… sont plus proches de la psychologie humaine que de l’héroïsme.
      Le dernier point que j’aimerai évoquer et la vision manichéenne des dystopies de YA. La plupart du temps, la décision qui a mené à la dérive est manifestement tâchée d’immoralité. Dans Hunger Games, aucun gouvernement sain d’esprit ne mettraient un place un tel système. Alors que dans 1984, la surveillance et l’abnégation est un moyen plausible pour maintenir l’ordre face au chaos. (ce sont les extrêmes qui font naître la privation de liberté).
      Si les deux styles méritent tout au temps notre intérêt, je pense que leur différentiation tient juste au but visé, l’allégorie contre le réalisme. Voilà, j’espère que je ne t’ai pas perdue. Je suis un peu une maniaque de la science-fiction ^^
      Uranie

      Aimé par 1 personne

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