Histoire de Calliope, Nos histoires

La fille du Vent – Chapitre 3

     Elle avait aujourd’hui dix-sept ans, mais elle n’avait rien perdu de la ferveur qui l’habitait alors. Au contraire, elle souhaitait encore plus ardemment forger son propre destin et décider elle-même de son futur.

     Ces cinq années passées en captivité l’avaient fait mûrir, tout en cultivant son esprit de révolte. Et, surtout, elle avait appris à se méfier de tout le monde. Suite à sa fuite avec sa famille, ils étaient parvenus à vivre quelques temps loin de tout danger, allant d’une place à l’autre, se dissimulant dans les montagnes, se cachant derrière les dunes. Mais, la vermine avait passé un contrat avec un Pisteur et ils avaient été débusqués. Et, lorsqu’ils avaient été découverts, elle avait reconnu leur traqueur. C’était l’un des Transporteurs qui les avait accueillis au campement …

     Elle s’était sentie trahie, alors même qu’elle ne connaissait pas cet homme. Mais le fait qu’il les ai accueillis, pour les livrer par la suite lui semblait tellement tordu et cruel ! Elle s’était un instant cru en sécurité durant la soirée passée avec ces voyageurs de l’espace. Et, pourtant, cela s’était retourné contre eux.

     Afin de ne pas finir comme leurs anciens concitoyens, ils avaient dû se soumettre et prêter allégeance. Ils avaient été ramenés sur les ruines de leur ancien village, où on les avait parqués comme des animaux avec d’autres individus capturés sur des planètes voisines. Des colliers de runes noires leurs avaient été fermement placés autour du cou, des barrières invisibles avaient été dressées, et nul ne pouvait espérer les franchir sans qu’un Dévoreur en soit averti. Si quelqu’un avait l’audace d’essayer de s’échapper il recevait une puissante décharge par le biais de son collier, puis, lorsqu’on le rattrapait on le mutilait en l’amputant de son Don … Depuis, son peuple, qui ne cessait de diminuer, portait constamment la marque du deuil.

     Cette marque, symbole silencieux de la tristesse de toute une nation, était constituée de pigments colorés appliqués sur les joues. Lorsque des larmes étaient versées, le couleur se ternissait en suivant leur course sur le visage des malheureux. Désormais, il était normal d’arborer ces deux traits verticaux, sillons cérémonieux célébrant les âmes des défunts. Plus qu’un symbole de deuil, c’était désormais la marque de son peuple. Et, elle en était fière car elle l’arborait comme une revendication. Une appartenance. Un signe de rébellion.

     Ses cousins et elles bravaient souvent le couvre-feu pour se réunir dans les souterrains et refaire le monde. Ils ne rêvaient que d’une chose : reprendre le pouvoir. S’ils en avaient eu la force, ils auraient commencé à livrer bataille depuis longtemps. Mais, la tyrannie sous laquelle ils vivaient les empêchait de se nourrir convenablement, ce qui ne leur permettait pas de s’endurcir. Ils étaient rationnés et ne pouvaient pas s’éloigner pour chasser, sous peine de déclencher l’émetteur présent dans leurs émetteurs et de faire rappliquer des gardiens. De plus, ne se sachant pas assez puissants, ils craignaient des représailles sur leurs familles en cas d’échec. Alors, ils se contentaient d’échafauder des plans qu’ils ne suivraient jamais, et de rêver à un avenir meilleur.

     Cependant, la chance venait peut-être de leur sourire. Leurs geôliers, qui partaient souvent à la chasse pour en ramener des créatures qu’ils pourraient dépouiller de leurs pouvoirs afin accroître les leurs, étaient récemment revenus avec un groupe dans lequel se trouvait un Amplificateur.

     Même si leurs Dons étaient bloqués par les Dévoreurs, la famille d’Aliya avait l’espoir fou que l’Amplificateur, du fait de la nature de son pouvoir, puisse percer la barrière runique. Cependant, ces petites créatures étaient difficiles à approcher, et encore plus à convaincre.

     Chacun tenta sa chance, plusieurs approches furent essayées, mais, contre toute attente, c’est le petit Oihan qui réussit là où tous les adultes avaient échoué. Tous les matins pendant une semaine, il s’était entretenu avec la petite créature dorée. Le contenu de leurs discussions est un mystère car les Amplificateurs ne s’expriment pas à voix haute. Ils plongent au plus profond de votre Âme et, si ce qu’ils y trouvent leur convient, ils s’adressent à vous sans un mot. La parole est interne, mais la discussion n’en est alors que plus profonde.

     Ainsi, une semaine après son arrivée, ce petit être quadrupède se rendit dans les ruines de ce qui fut la demeure des grands-parents d’Aliya. Il s’introduisit sans s’annoncer, passa devant les cousins stupéfaits, sans un regard pour personne, et s’arrêta finalement devant Jahan, le doyen. Le vieil homme plongea son regard dans les quatre yeux mauves de l’Amplificateur. Une discussion silencieuse s’engagea.

Calliope png

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