Articles généraux, Ecriture

Les personnages, nos amis de papier

Comme vous avez pu le constater il y a une semaine, nous allons nous pencher sur les personnages pendant tout le mois de février !

Qui sont-ils ? Quelle est leur raison d’être ? Doivent-ils tous s’effacer derrière le héros ? L’intrigue fonctionnera-t-elle sans personnage principal ? On s’en pose des questions quand on se lance dans la grande aventure de l’écriture ! Nous n’avons pas la science infuse, Uranie et moi, mais nous allons essayer de répondre à quelques unes de ces interrogations au regard de nos expériences. Et c’est avec plaisir que nous lirons vos propres conseils et astuces !

couv2337596Les personnages sont extrêmement importants dans un roman (ou tout autre récit d’ailleurs). En général, ils sont notre premier aperçu de l’histoire car, souvent, c’est avec eux que notre lecture commence. Ils doivent donc faire bonne impression ! Par exemple, dans la trilogie jeunesse La Quête d’Ewilan, de Pierre Bottero, le premier tome s’ouvre ainsi : « Camille était âgée exactement de quatre mille neuf cents jours, soit un peu plus de treize ans, la première fois qu’elle effectua « le pas sur le côté  » « . Première phrase, premier aperçu du personnage. On devine qu’elle a fait le compte elle-même, donc on a une petite idée de la jeune fille à qui on a affaire, ensuite on se demande ce qu’est un « pas sur le côté« , et on sent tout de suite que Camille a un don particulier. Franchement, c’est intrigant et ça nous donne envie de lire la suite ! Et c’est ça qui est important !

Les personnages doivent donner envie de découvrir l’histoire, et, à l’inverse, l’histoire doit nous servir des personnages intéressants. Selon moi, les personnages et le récit sont dans une situation de dépendance mutuelle. En effet, sans bonne histoire, à quoi bon avoir de super personnages ?  A quoi bon inventer une quête épique s’il n’y a pas de héros courageux (ou couards … tout est possible) pour sauter sur son cheval et prendre la route ? Quel serait l’intérêt de créer un personnage au top, avec de grands pouvoirs mais de sombres secrets, sans une chouette histoire pour le faire évoluer ? Bon, évidemment, mes exemples sont un peu tirés par les cheveux, mais vous comprenez ou je veux en venir. Il faut de bons personnages ET une intrigue à la hauteur. J’insiste bien sur le fait que les deux sont nécessaires car, clairement, ils sont dépendants l’un de l’autre. Il ne faut pas que les personnages soient un prétexte à l’histoire, et vice-versa. Dans tous les cas, cela se ressentira et le résultat sera loin d’être captivant ! J’ai d’ailleurs un exemple qui va faire grincer quelques dents (car je sais que le roman dont je vais vous parler a été apprécié en grande majorité).

couv73779302Je pense au livre Intuitions de Rachel Ward. Je vous le dis tout de suite, je n’ai pas aimé ce livre. Selon moi, l’intrigue est bien plus banale que prévue, le vocabulaire trop familier, et les personnages absolument pas attachants. Se pose la question du pourquoi ? Qu’est-ce qui fait que je ne me suis pas attachée à eux ? Ils donnent l’impression d’être charriés de-ci de-là pour coller à l’histoire et sont bourrés de défauts (certes, il en faut, mais soyez un peu sur la retenue tout de même !).  Je me souviens particulièrement que l’un d’eux sent mauvais car il ne se lave pas … Franchement, qui choisit de créer un personnage qui pue et de le scander toutes les cinq minutes ? L’auteure qui veut écrire une scène d’amour sous une « pluie nettoyante » ! Et là, BIM ! Révélation ! Le personnage a été créé dans le but d’écrire cette scène. Ca ne va pas du tout car il manque terriblement de profondeur et que le récit en pâtit. Ce qui, au départ, donnait l’impression d’une bonne fiction fantastique se transforme en banale histoire d’amour pour ado (je n’ai rien contre les romances, mais là ce n’était pas du tout ce qui était annoncé). Le scénario, en gros : l’héroïne peut prédire la mort, elle échappe à une catastrophe grâce à son don et s’enfuit avec un ami (qui n’en est même pas un d’ailleurs) car elle craint de devoir s’expliquer, et là c’est fini. Adieu le fantastique, adieu les histoires de mort inscrite sur les fronts, adieu l’enjeu principal de l’histoire. A contrario, bonjour les routes de campagne, bonjour les relations amoureuses, et bonjour la banalité. Donc, clairement, l’auteure avait deux objectifs : mettre en scène un personnage au don fantastique et écrire une histoire d’amour. Ça aurait pu fonctionner, mais en l’occurrence les personnages ne collent pas au récit et c’est dommage …

Il faut donc bien faire attention à équilibrer le récit et les personnages car c’est cette balance qui déterminera en grande partie si votre histoire est bonne ou non. Il faut une certaine cohérence entre les deux. Pour cela, selon moi, vous devez aussi prendre garde à ne pas créer trop de héros dans votre histoire, et à bien faire la distinction entre ceux-ci et les personnages secondaires.

Clairement, une histoire a toujours besoin d’avoir au moins un héros. C’est le minimum. Mais, pour le maximum ? Un duo ? Toute une troupe ? Personnellement, j’apprécie lorsqu’il y a deux personnages principaux (notamment lorsque leurs histoires sont croisées), mais j’ai du mal quand ils sont plus nombreux. Je pense qu’il faut éviter de multiplier les héros sous peine de lasser le lecteur ou de le perdre. Quand je dis ça, je pense au roman chorale. Il est composé d’une multitude de protagonistes se partageant le devant de la scène, ce qui signifie que chacun n’a droit qu’à peu de chapitres et qu’il doit donc être rapidement identifiable. Je trouve ça dommage car on a peu de temps pour le faire entrer en scène et le développer. De plus, du point de vue du lecteur, il peut y avoir de la déception car son personnage préféré ne fera que quelques apparitions. Et puis, même sans parler de ça, on finit par s’y perdre quand il y a trop de protagonistes placés au premier plan, on ne sait plus où donner de la tête.

couv25383437Ça a été mon cas avec La Valse de Valeyri, de Guðmundur Andri Thorsson. Dans ce roman chorale, il y a seize protagonistes mis sur un pied d’égalité ! Seize ! Ils sont tous évoqués tour à tour, et on s’y perd. Certains ont le même prénom, d’autres sont identifiés tantôt par leur nom, tantôt par un surnom. Bref, ça a été compliqué pour moi, et ça m’a empêché de m’attacher aux personnages. Aucun n’a vraiment retenu mon attention … D’ailleurs, l’autre problème de ce système est que le lecteur ne peut pas vraiment s’identifier car il n’en a pas le temps.

Quand on se plonge dans un roman, que ce soit conscient ou non, on a besoin de s’identifier à au moins l’un des personnages. On se retrouve en lui, on a des réactions similaires, des goûts proches, des façons de réagir identiques, … Bref, ça nous parle. On se sent plus proche de lui et on a l’impression d’être impliqué dans son histoire. Mais, pour que la magie opère, il faut que le personnage en question soit bien présent (Ce qui, à mon sens, n’est pas la cas avec le roman chorale, même s’il y a de nombreux contre-exemples, tels que Le Trône de Fer). Il est donc important de bien équilibrer lorsque l’on choisit de faire intervenir plusieurs héros, ne serait-ce que deux.

couv68075901Je pense à Marquer les Ombres, de Veronica Roth. J’ai apprécié ma lecture, mais j’ai été déçue de l’absence d’Akos. Au départ, on découvre ce nouvel univers avec lui, on passe du temps à ses côtés, et en fin de compte l’intrigue se centre sur Cyra. D’ailleurs, il devient un personnage dont on est presque totalement coupé, même lorsqu’il revient un peu sur le devant de la scène : on le voit peu, et quand on a la chance d’avoir un chapitre centré sur lui, on ne sait rien de ses pensées ou de ses motivations. J’ai trouvé ça dommage car il devient fade et on a du mal à l’apprécier de nouveau.

couv42130738couv68017682D’ailleurs, cela me fait aussi penser à Parallon, de Dee Shulman. L’idée de base est vraiment chouette et le début du roman est super sympa. Il s’agit des destins croisés d’un gladiateur et d’une jeune fille de notre époque. Les points de vue s’alternent avec les chapitres, et c’est franchement intéressant … jusqu’à un certain point. Malheureusement, au bout d’un moment j’avais juste envie de sauter les chapitres de l’un des deux héros car ils étaient devenus ennuyeux. Le personnage en question perdait donc en intérêt à mes yeux …

Je vais m’arrêter ici pour les exemples car on ne s’en sortira jamais sinon, ah ah ! En tout cas, vous l’aurez compris, vos personnages sont aussi importants que votre récit. Il faut les bichonner pour que le lecteur s’y identifie et ait envie de suivre leurs aventures. Pour cela, vous devez les rendre intéressants et bien vivants. Comment ? Eh bien, comme nous sommes de petits amours, nous vous préparons deux articles sur la construction des personnages et la façon de les rendre réalistes. On se retrouvera lors de leurs publications !

A bientôt pour de nouveaux articles !

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